Le mot du commissaire

 « Rimbaud – Soleillet. Une saison en Afrique », c’est l’histoire de la rencontre de deux hommes épris de liberté et d’aventure. Le titre est évidemment une allusion au seul texte qu’Arthur Rimbaud a publié (à compte d’auteur) : Une saison en enfer (rédigé en avril-août 1873).

Le premier, l’Ardennais Arthur Rimbaud, poète de génie, a tourné le dos à la littérature, à l’Europe, et, après avoir produit en moins de cinq ans une œuvre qui fera de lui l’un des plus grands écrivains de l’histoire de la langue française, s’est lancé dans une vie de négociant et d’explorateur entre l’Arabie et l’Afrique. Confronté à la dure loi du travail, il poursuit sa recherche de la « liberté libre ».

Le deuxième personnage est le Nîmois Paul Soleillet, connu à l’époque comme une figure des réseaux marchands français, conférencier estimé, « voyageur économiste », comme il se qualifie lui-même. En 1873, il est à Alger et prépare une expédition pour laquelle il présentera un rapport à la Chambre de commerce : Exploration du Sahara central : voyage de Paul Soleillet d’Alger à l’oasis d’In-Çalah. Mais en butte aux autorités militaires, il doit renoncer à ses projets en Afrique occidentale et ira tenter sa chance à l’est du continent.

Leur rencontre a lieu dans la région de la corne de l’Afrique, sur les rivages du golfe d’Aden, à Obock et Tadjourah — qui feront partie de la future République de Djibouti. En 1886, au moment où Rimbaud est à Tadjourah, Verlaine publie à Paris pour la première fois dans Les Poètes maudits quelques-uns de ses poèmes, puis paraissent les Illuminations. En France, on le croit mort. Il lui reste en réalité cinq ans à vivre. Le 10 septembre de la même année, dans une rue d’Aden, Soleillet succombe à une attaque, et Rimbaud, qui avait formé le projet de s’associer à l’explorateur nîmois pour pour qu’ils puissent mener ensemble leurs caravanes jusqu’aux hautes terres de l’Abyssinie — qui va bientôt s’appeler l’Éthiopie —, se retrouve finalement seul à conduire la sienne.

L’exposition explore le court laps de temps que dure leur rencontre et les lieux de leurs équipées : Obock, Tadjourah, et le Choa, pays du roi Ménélik. Elle le fait à travers de nombreux documents d’époque : objets, photographies, gravures, cartes, autographes… Elle évoque aussi par des films et des photographies les villes d’Obock, Tadjourah, et le Choa d’aujourd’hui.

 Hugues Fontaine

Cette exposition inédite sera accompagnée d’un important programme de manifestations pendant trois mois : conférences, lectures, spectacles, concerts, projections, contes théâtraux, rencontres poétiques… Vous les trouverez dans notre rubrique Les Rendez-vous.

Rimbaud – Soleillet. Une saison en Afrique
Nîmes, Bibliothèque Carré d’Art, Galerie du Hall et galerie de l’Atrium

21 janvier – 25 avril 2020

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